top of page

Olivia & Las Nubes

Valentin Bonhomme

la rémanence du sentiment amoureux


Il y a des films qui parlent d'histoires d'amour, de rencontres, de séparations, de moments à deux. Mais Olivia & les nuages change de point de vue et nous parle de ce qu'on ressent, seul·e, quand l'histoire n'a pas lieu. Dans ce premier long-métrage du réalisateur dominicain Tomás Pichardo-Espaillat, l’amour n’est ni spectaculaire ni triomphant. Il est fragile, flou ; parfois réciproque mais jamais symétrique.


Les personnages aiment, mais rarement ensemble. Olivia garde sous son lit le fantôme d’un ancien amour. Elle continue à lui parler, à lui offrir des fleurs, comme si la relation existait encore. De son côté, Ramón développe des sentiments pour elle, symbolisés par une plante étrange et envahissante. Pourtant rien ne se passe entre elle et lui : Olivia est tournée vers le passé ; Ramón vit dans un fantasme. Entre les deux, le silence.


Ici, pas de ruptures ni de disputes. On devine des attentes et des besoins, des espoirs et des regrets mais rien n'est jamais clairement dit. La relation entre Barbara et Mauricio s'étiole. Incapable de mettre les mots sur ce qu'il et elle ressentent, l'incertitude liée à leur relation grandit. Les liens entre elleux n'étant jamais définis, iels n'arrivent pas à trouver leur place par rapport à l'autre, créant une souffrance intérieure et invisible chez les deux personnages.


Pour représenter cette expérience intime, le film transforme les souvenirs en éléments concrets : fantômes, nuages, plantes vertes… Le passé prend forme et occupe littéralement l'espace. Leur environnement, leur appartement, leur quotidien sont hantés par cette mémoire omniprésente qui devient autant refuge que prison. En permettant de conserver un lien avec le passé, elle empêche d’en créer de nouveaux.


L'image du fantôme sous le lit d'Olivia en est sans doute le meilleur exemple : certains amours continuent d'habiter nos chambres des années après leur disparition. Olivia préfère peut-être la tristesse familière d’un amour passé à l’incertitude d’un amour présent.


La grande force d'Olivia & les nuages réside dans sa manière de marier le fond et la forme. Le visuel ne cherche pas simplement à montrer des personnages, mais à représenter leur état émotionnel. Pour cela, le film utilise toute la diversité du cinéma d'animation : animation traditionnelle, papiers découpés, stop-motion, rotoscopie… Ces variations de styles font écho à la diversité des sentiments amoureux mais ressemblent aussi aux variations des souvenirs, parfois nets et détaillés, parfois flous et déformés.


La narration est elle aussi fragmentée. On passe d’un personnage à un autre, d'un point de vue à un autre. Comme quand on se perd dans nos souvenirs, les images surgissent par association, par émotion. Le film ne cherche pas à expliquer l'histoire de ses personnages, ils cherchent plutôt à nous faire ressentir leur intériorité.


A travers sa forme unique, Olivia & les nuages dépeint un sentiment universel : celui de nos amours sans reconnaissance, de ceux qui existent seulement à l'intérieur de nous. Un film qui transforme le souvenir amoureux en paysage intérieur, fait de fantômes qu'on choisit, parfois, de laisser vivre sous notre lit.

bottom of page